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Taux de bancarisation au Cameroun : pourquoi vous lisez 12 %, 24 % ou 33 % selon les sources — et les 2 525 milliards d'épargne non transformée que personne ne commente

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Rédaction
4 min de lecture
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Bancarisation · Inclusion financière APECCAM · BEAC · 2018-2022

12 %, 24 %, 28 %, 33 %, plus de 50 % — tous ces chiffres sont exacts.

Ils ne mesurent simplement pas la même chose. Voici les trois définitions qui expliquent l'écart, la série officielle année par année — avec un recul en 2020 que personne ne relève — et le chiffre le plus parlant du secteur bancaire camerounais : 2 525 milliards collectés et non prêtés.

≈ 15 – 20 %
bancarisation
stricte
33,1 %
bancarisation élargie
(APECCAM, 2022)
> 50 %
inclusion financière
avec le mobile money
2 525 Md
de dépôts non
transformés en crédit
1 / 73 500
une agence bancaire
par habitants

Trois définitions, trois chiffres — et beaucoup de confusion

Un même pays, la même année, peut afficher 15 % ou 50 % de « bancarisation ». Ce n'est pas une querelle de statisticiens : les trois notions décrivent trois réalités différentes, et le débat public les mélange en permanence.

Notion Ce qu'elle compte Cameroun
Bancarisation stricteUniquement un compte dans une banque. C'est la mesure la plus exigeante — et la plus basse.≈ 15,8 %
pop. adulte
Bancarisation élargieBanques + établissements de microfinance. C'est le chiffre que citent l'APECCAM et la BEAC.33,1 %
APECCAM 2022
Inclusion financièreTout accès à un service financier formel, monnaie électronique et mobile money compris.> 50 %
Un deuxième facteur d'écart, plus discret : le dénominateur. Certaines mesures rapportent le nombre de comptes à la population adulte, d'autres à la population active. Le même comptage donne ainsi 15,8 % sur la population adulte et 20,4 % sur la population active — près de cinq points d'écart sans qu'un seul compte ait été ouvert. C'est pourquoi le ministère des Finances a pu annoncer 28,3 % en 2020 quand l'APECCAM publiait 26,3 % pour la même année : les deux ont raison, sur des bases différentes. Un taux de bancarisation sans sa définition et son dénominateur ne veut rien dire.

La série officielle, 2018-2022

Voici les indicateurs publiés par l'Association professionnelle des établissements de crédit du Cameroun, en milliards de FCFA :

Indicateur 2018 2019 2020 2021 2022
Total bilan5 849,86 472,27 010,78 087,09 486,4
Produit net bancaire395,1421,1437,4497,1575,9
Dépôts4 461,14 890,55 398,86 258,67 271,8
Crédits3 199,53 242,53 443,73 764,84 746,4
Effectifs4 5454 9595 0435 8366 616
Agences bancaires313322328353389
Taux de bancarisation27,8 %28,4 %26,3 %28,4 %33,1 %
Le recul de 2020, jamais mentionné
Le taux perd 2,1 points en 2020, revenant sous son niveau de 2018. Les commentaires évoquent pourtant systématiquement une « progression continue ». Une trajectoire n'est pas une droite.
Le bond de 2022 : une rupture, pas une tendance
Après quatre années étales entre 26,3 % et 28,4 %, le taux gagne 4,7 points sur la seule année 2022. Un tel saut en douze mois s'explique rarement par la seule ouverture de comptes — un changement de périmètre ou de méthode est au moins aussi probable. À manier avec prudence.

Le réseau, lui, progresse plus lentement que les bilans : +24 % d'agences en cinq ans contre +62 % de total de bilan. Avec 389 agences pour une population de l'ordre de 28 millions d'habitants, cela représente environ une agence pour 73 500 personnes. La banque grossit surtout là où elle est déjà.

Le chiffre que personne ne calcule : 2 525 milliards dormants

Le débat sur la bancarisation porte presque toujours sur l'entrée : combien de personnes ont un compte. Il ignore la question suivante, qui est pourtant la seule qui compte pour l'économie : l'argent déposé revient-il sous forme de crédit ? La réponse est dans la série ci-dessus, à condition de faire la division.

Année Crédits ÷ dépôts Dépôts non prêtés
201871,7 %1 261,6 Md
201966,3 %1 648,0 Md
202063,8 %1 955,1 Md
202160,2 %2 493,8 Md
202265,3 %2 525,4 Md
En quatre ans, les dépôts ont progressé de 63 % et les crédits de 48,3 % seulement. Résultat : la part des dépôts transformée en crédit recule de 71,7 % à 65,3 %, et l'écart entre l'argent collecté et l'argent prêté double, de 1 262 à 2 525 milliards de FCFA. Autrement dit, à mesure que la bancarisation progresse, une proportion croissante de l'épargne collectée ne finance pas l'économie. Bancariser davantage sans desserrer le crédit revient à mieux capter l'épargne, pas à mieux financer le pays.

C'est aussi, très concrètement, ce que ressent tout entrepreneur qui monte un dossier : le refus n'est pas un accident individuel, c'est la traduction d'un comportement de place. Voir les conditions réelles d'un prêt bancaire et les autres voies de financement.

Où se situe le Cameroun dans la CEMAC

La stratégie régionale d'inclusion financière 2025-2029 élaborée par la BEAC fournit la seule comparaison homogène disponible. Sur données 2021, en bancarisation élargie :

Gabon35 %
Cameroun30 %
Guinée Équatoriale27 %
Congo24 %
Tchad8 %
Centrafrique7 %

La moyenne de la zone s'établit à 22 % en bancarisation élargie et à seulement 12 % en bancarisation stricte, avec un écart considérable entre le Tchad (5 % en strict) et la Guinée Équatoriale (27 %). Le Cameroun est donc au-dessus de la moyenne régionale, en deuxième position — ce qui en dit autant sur la faiblesse de la zone que sur sa performance propre.

L'objectif affiché est très ambitieux. La BEAC vise un taux d'inclusion financière — donc mobile money compris — de 60 % en 2029 et de 75 % à l'horizon 2032, contre 32 % en 2021. Doubler en huit ans supposerait une trajectoire sans commune mesure avec celle des cinq dernières années, et la stratégie cible explicitement les publics les plus éloignés : femmes, jeunes, populations rurales et très petites entreprises. C'est un objectif politique autant qu'un pronostic.

Savez-vous ce que votre crédit coûte vraiment ?

Chiffres officiels BEAC pour le premier trimestre 2026 : un particulier paie 15,12 % quand une grande entreprise paie 7,59 %, et une PME qui passe par un établissement financier plutôt qu'une banque paie 20,82 %. Surtout, le taux nominal ne représente que 77 % du coût réel — le reste, ce sont commissions et frais. Comparer deux offres sur leur taux nominal revient à ignorer près d'un tiers du prix.

Taux légal, taux d'usure et TEG : le guide

Ce que ces chiffres changent pour vous

Trois conséquences pratiques se déduisent de ce tableau, et elles valent mieux qu'un commentaire macroéconomique.

1
Si l'on vous refuse un compte, vous avez un recours. Le droit au compte existe en zone CEMAC : après trois refus écrits, la Banque Centrale peut désigner un établissement tenu de vous ouvrir un compte de dépôt. La procédure exacte est détaillée dans notre dossier sur les frais bancaires et le service minimum garanti.
2
La microfinance n'est pas un sous-produit — elle fait la différence entre 15 % et 33 %. Encore faut-il vérifier la catégorie d'agrément de l'établissement avant d'y déposer : banque ou microfinance, comment choisir.
3
Un compte mobile money vous rend « inclus », pas « bancarisé ». C'est ce qui sépare les 50 % des 33 %. Pour un dossier de crédit, un historique de mobile money ne remplace pas des relevés bancaires — d'où l'intérêt d'ouvrir un compte avant d'avoir besoin d'emprunter.

Sources et méthode. Série 2018-2022 — total de bilan, produit net bancaire, dépôts, crédits, effectifs, agences et taux de bancarisation : statistiques du secteur bancaire publiées par l'APECCAM, montants en milliards de FCFA. Comparaison régionale, bancarisation stricte et élargie par pays, et objectifs d'inclusion financière : stratégie régionale d'inclusion financière 2025-2029 de la BEAC, sur données 2021, telle que rapportée par la presse juridique et économique spécialisée. Taux de 28,3 % en 2020 rapporté à la population active : ministère des Finances. Répartition 15,8 % / 20,4 % entre population adulte et population active : analyses sectorielles publiées. Les ratios crédits/dépôts, les écarts dépôts-crédits, les taux de croissance et la densité d'agences sont des calculs effectués par LeFisk à partir de la série APECCAM ; ils sont reproductibles à partir du tableau publié ci-dessus. La densité d'agences retient une population de l'ordre de 28 millions d'habitants et constitue un ordre de grandeur. La prudence exprimée sur le bond de 4,7 points en 2022 est une réserve méthodologique de LeFisk, non une position de l'APECCAM.

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À propos de l'auteur

Expert en finances publiques et fiscalité des entreprises. Rédacteur pour LeFisk.

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