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IGS : la retenue de 2 % qui immobilise votre trésorerie un an entière — et les 15 milliards reversés aux communes

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6 min de lecture
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Impôt Général Synthétique · Consultations loi de finances 2027
Vous payez votre IGS. Et en même temps, vos clients en retiennent une partie que vous ne reverrez pas avant l'an prochain.

Le 25 août 2026 à Douala, lors des consultations avec le secteur privé pour préparer la loi de finances 2027, le directeur général des impôts a annoncé que près de 15 milliards de FCFA avaient été collectés et reversés aux communes au premier semestre 2026 au titre de l'IGS de l'exercice 2025 — en hausse de 14 %.

Dans la même salle, la Chambre de commerce, d'industrie, des mines et de l'artisanat (CCIMA) a soulevé un problème que peu de dirigeants ont encore identifié dans leurs comptes : depuis janvier 2026, les clients habilités retiennent 2 % du montant hors taxes de vos factures — 5 % pour la commande publique — et ces retenues ne s'imputent que sur l'IGS de l'année suivante. Jamais sur vos versements trimestriels en cours.

Nous avons chiffré le décalage, classe par classe. Le résultat est net : pour toutes les classes d'IGS, une entreprise travaillant majoritairement avec le secteur public subit une retenue supérieure à la totalité de son impôt annuel. Et le piège se referme d'autant plus tôt que l'entreprise est petite : dès 40 % de chiffre d'affaires public pour les plus modestes, contre 80 % pour les plus grosses. L'effet de trésorerie est régressif.

15 Mds
reversés aux communes (S1 2026)
+ 14 %
sur l'exercice 2024
2 % / 5 %
retenue privée / commande publique
225 %
décaissé vs impôt dû (classe 12, tout public)
24
propositions transmises à la DGI

Le mécanisme, en trois phrases

L'IGS est un impôt forfaitaire payé par quotités trimestrielles. Depuis janvier 2026, vos clients habilités prélèvent en plus une retenue sur chaque facture. Et la circulaire d'application de la loi de finances 2026 est explicite : ces retenues ne peuvent pas être déduites des versements trimestriels de l'année pendant laquelle elles sont opérées — elles ne sont imputables que sur l'IGS dû l'année suivante.

Le cas type : une prestation de 10 millions à une entité publique
Facture émise (HT)10 000 000 F
Retenue opérée par le client public (5 %)− 500 000 F
Utilisable sur l'IGS 20260 F
Utilisable seulement sur l'IGS2027

Pendant douze mois, l'entreprise supporte à la fois la retenue et le paiement courant de son impôt. Ce n'est pas une double imposition — le crédit existe et sera récupéré — mais c'est une immobilisation de trésorerie pure, sur les entreprises les moins capables de la financer.

Le principe de l'imputation différée n'est pas nouveau en soi : nous l'avions signalé dans notre décryptage de la circulaire d'application de la loi de finances 2026. Ce qui est nouveau, c'est qu'après huit mois d'application, les entreprises en mesurent l'effet — et le portent officiellement devant l'administration.

Le calcul que personne n'a fait : la retenue dépasse l'impôt

Pour mesurer l'ampleur réelle du décalage, il faut rapporter la retenue subie à l'IGS effectivement dû, classe par classe. Nous avons pris le plafond de chiffre d'affaires de chaque classe — l'hypothèse la plus défavorable à l'intérieur de la classe — et calculé la retenue de 5 % applicable à la commande publique.

Classe CA plafond IGS annuel Retenue 5 % Retenue / IGS Bascule
21 000 00020 00050 0002,50 ×40 %
32 000 00040 000100 0002,50 ×40 %
43 000 00075 000150 0002,00 ×50 %
55 000 000125 000250 0002,00 ×50 %
67 500 000200 000375 0001,88 ×53 %
710 000 000300 000500 0001,67 ×60 %
815 000 000500 000750 0001,50 ×67 %
920 000 000700 0001 000 0001,43 ×70 %
1030 000 0001 000 0001 500 0001,50 ×67 %
1140 000 0001 500 0002 000 0001,33 ×75 %
1250 000 0002 000 0002 500 0001,25 ×80 %

Calculs LeFisk. Montants en FCFA. « Retenue 5 % » = retenue applicable si la totalité du chiffre d'affaires au plafond de la classe relève de la commande publique. « Bascule » = part de chiffre d'affaires public à partir de laquelle la retenue annuelle dépasse la totalité de l'IGS dû. Barème IGS à 12 classes, article C 40 du CGI — détail dans notre guide du barème IGS.

Le constat central : le décalage est régressif. Une entreprise de la classe 2 (1 million de chiffre d'affaires, 20 000 F d'IGS) voit sa retenue dépasser son impôt annuel dès que 40 % de son activité est publique. Une entreprise de la classe 12 ne bascule qu'à 80 %. Autrement dit : plus l'entreprise est petite, plus tôt le piège se referme — alors qu'elle est précisément celle qui dispose du moins de trésorerie pour absorber le décalage. Au taux privé de 2 %, les classes 2 et 3 subissent une retenue exactement égale à la totalité de leur IGS annuel, tout en devant continuer à payer leurs quotités trimestrielles.

Le cas extrême, en clair. Une entreprise de classe 12 dont toute l'activité relève de la commande publique décaisse dans l'année 2 000 000 F d'IGS et subit 2 500 000 F de retenue, soit 4 500 000 F sortis pour un impôt annuel de 2 000 000 F — 225 % de l'impôt dû. Le crédit de 2 500 000 F ne sera utilisable qu'en 2027, et seulement à hauteur de l'IGS de cette année-là.

2 % ou 2,2 % ? La question du centime additionnel

Point pratique qui va décider de votre budget de trésorerie. Les communications reprennent un taux de 2 % du montant hors taxes, et 5 % pour la commande publique. Mais la plupart des acomptes camerounais s'appliquent avec les centimes additionnels communaux (CAC) de 10 % par-dessus le taux principal.

C'est ainsi que fonctionne l'acompte mensuel d'impôt sur les sociétés au régime du réel : 2 % du chiffre d'affaires + 10 % de CAC = 2,2 % effectif. Notre propre guide du barème IGS mentionne d'ailleurs un précompte prélevé par les grands comptes à 2,2 %.

Notre lecture, à confirmer auprès de votre CFLP. Le 2 % annoncé est très probablement le taux principal, auquel s'ajoutent les 10 % de centimes additionnels — soit 2,2 % effectivement retenus. La même logique appliquée à la commande publique donnerait 5,5 %. Nous n'avons pas trouvé de texte tranchant explicitement ce point pour la retenue IGS. Conséquence pratique : budgétez 2,2 % et 5,5 %, pas 2 % et 5 %. Une erreur de 0,2 point sur 50 millions de chiffre d'affaires représente 100 000 FCFA de trésorerie non anticipée.

Ne confondez pas non plus cette retenue avec les autres prélèvements que vous pouvez subir sur la même facture. L'IGS est libératoire de la patente, de la TVA et de l'IRPP, mais il ne dispense d'aucune retenue à la source. Notre guide des 11 retenues à la source au Cameroun détaille chacune d'elles, avec ses taux et sa base.

Ce que demande la CCIMA — et le vrai trou juridique

La Chambre de commerce ne conteste pas le principe de la retenue. Elle vise un point précis, et il est bien réel : que devient le crédit si l'entreprise ne peut plus l'imputer ?

Trois situations créent un crédit potentiellement irrécupérable :

L'activité diminue
Le contribuable descend de classe : son IGS de l'année suivante est plus faible que le crédit accumulé. Le solde reste bloqué.
L'activité cesse
Il n'y a plus d'IGS l'année suivante sur lequel imputer quoi que ce soit. Le crédit disparaît en pratique.
Le contribuable quitte l'IGS
En franchissant le seuil, il bascule au régime du réel. Le crédit d'IGS n'a plus d'impôt d'accueil.

La réglementation consultée prévoit bien l'imputation l'année suivante, mais ne précise pas le traitement du reliquat dans ces situations. C'est un silence, pas un refus — mais un silence dont l'entreprise supporte le risque. La CCIMA propose donc d'autoriser le remboursement du solde non imputé en cas de cessation d'activité ou de reclassement fiscal.

Cette proposition fait partie des 24 transmises à la DGI lors des consultations ouvertes le 25 août 2026. L'administration indique qu'elles seront examinées « en fonction de leur faisabilité juridique, de leur incidence budgétaire et des orientations du ministère des Finances ». Traduction : rien n'est acquis, et l'arbitrage se jouera dans la loi de finances 2027.

Le paradoxe à relever. Le reclassement fiscal — passer de l'IGS au régime du réel — est censé récompenser la croissance d'une entreprise. Dans l'état actuel du texte, c'est précisément au moment où elle grandit que l'entreprise risque de perdre son crédit d'impôt. Le dispositif pénalise, à la marge, l'événement qu'il devrait encourager.

Les 15 milliards : ce que le chiffre dit, et ce qu'il ne dit pas

Le montant annoncé mérite d'être remis dans sa série, parce que plusieurs bilans se superposent et que les bases ne sont pas toutes publiées.

Source et date Ce qui est annoncé
Conférence annuelle du MINFI, février 2025Impact financier de l'IGS estimé à 50 milliards de recettes supplémentaires
Communiqué MINFI du 18 mai 202610,35 milliards déjà transférés aux communes au titre de l'exercice 2025, après un versement de 6,93 milliards (solde collecté entre mai et décembre 2025)
DGI, 25 août 2026 à DoualaPrès de 15 milliards collectés et reversés aux communes au S1 2026 (exercice 2025), + 14 % sur 2024

Deux calculs arithmétiques simples éclairent la série, et deux mises en garde s'imposent immédiatement.

  • Une recette de 15 milliards en hausse de 14 % impliquerait une base 2024 d'environ 13,16 milliards. Mais la DGI n'a communiqué ni la recette de l'année de comparaison, ni le montant définitif de 2025, qui doit être publié après clôture des comptes.
  • Le nouveau montant ferait ressortir environ 4,6 milliards supplémentaires par rapport au bilan de mai — mais la DGI n'en a pas publié la ventilation.
La comparaison à ne pas faire trop vite. Rapporter les 15 milliards à la prévision de 50 milliards donne 30 %, et l'on serait tenté d'en conclure à un manque à gagner de 35 milliards. Ce serait excessif. La DGI n'a pas précisé si la prévision de 50 milliards correspondait au rendement brut, à la recette nette reversée aux communes, ou à une performance attendue après plusieurs années de montée en puissance. Trois lectures différentes, trois conclusions différentes. En l'état, le seul constat solide est une progression de 14 %.

La réforme silencieuse : l'interconnexion DGI–Trésor

Un changement peu commenté mérite d'être signalé, car il modifie concrètement la trésorerie des collectivités. Depuis avril 2026, l'interconnexion entre la DGI et le Trésor permet d'orienter automatiquement la part communale de l'IGS vers les comptes des communes, sans passage préalable par le compte unique du Trésor.

Concrètement : la commune n'attend plus un transfert administratif en aval. C'est une réforme de circuit, pas de taux — et c'est souvent ce type de réforme qui produit les effets les plus tangibles sur le terrain. Rappelons que l'IGS a été institué par la loi du 23 décembre 2024 portant fiscalité locale, appliqué à compter de 2025 en remplacement de l'ancien impôt libératoire et du régime simplifié d'imposition.

Ce que vous devez faire dès maintenant

Que la CCIMA obtienne ou non satisfaction dans la loi de finances 2027, le décalage s'applique aujourd'hui. Cinq réflexes s'imposent.

  1. Réclamez systématiquement l'attestation de retenue. Sans justificatif, vous ne pourrez rien imputer en 2027. C'est le document qui matérialise votre créance sur le Trésor — traitez-le comme une facture impayée, pas comme une pièce administrative.
  2. Tenez un registre dédié des retenues subies, par client, par date et par taux. Au moment de l'imputation, c'est ce registre qui fera foi face au CFLP.
  3. Intégrez la retenue dans votre plan de trésorerie, pas dans votre résultat. Elle ne diminue pas votre bénéfice : elle décale votre encaissement. Un dirigeant qui la traite comme une charge se croit moins rentable qu'il ne l'est — et pilote à l'aveugle.
  4. Si vous approchez du seuil de sortie de l'IGS (50 millions, ou 30 millions pour les professions libérales), anticipez : posez la question du sort de votre crédit avant de basculer au régime du réel. Notre guide sur le changement de classe d'IGS détaille les règles de reclassement.
  5. Si vous cessez votre activité, faites constater votre crédit par écrit auprès du CFLP au moment de la cessation. Le texte est silencieux — une trace écrite est votre seul appui si la doctrine évolue.
Le rappel qui vaut de l'argent. L'adhésion à un Centre de Gestion Agréé ouvre droit à une réduction de 50 % de l'IGS selon le barème. Un IGS divisé par deux, c'est aussi un crédit de retenue qui s'impute deux fois moins vite l'année suivante — l'arbitrage mérite d'être posé avec un chiffrage complet, pas seulement sur le montant de l'impôt.

Ce que nous ne pouvons pas affirmer

  • Le taux effectif de la retenue. Nous retenons la lecture 2 % + 10 % de CAC = 2,2 % par cohérence avec les autres acomptes camerounais, mais nous n'avons pas trouvé de texte tranchant ce point explicitement pour la retenue IGS. À confirmer auprès de votre CFLP.
  • Nos calculs de bascule supposent que la retenue s'applique à la totalité du chiffre d'affaires facturé à des clients habilités. Dans la réalité, seule la part facturée à des clients effectivement habilités est retenue — les ratios réels sont donc au plus égaux à ceux du tableau.
  • Le montant définitif de l'IGS 2025 n'est pas publié : il doit l'être après clôture des comptes. Les 15 milliards sont un chiffre d'étape annoncé oralement.
  • La base de comparaison 2024 (13,16 milliards) est notre reconstitution arithmétique à partir du taux de progression annoncé, et non un chiffre publié par la DGI.
  • Le sort du reliquat en cas de cessation ou de reclassement reste juridiquement indéterminé à la date de publication. Nous décrivons un silence du texte, pas une position de l'administration.

Questions fréquentes

Tous mes clients doivent-ils opérer cette retenue ?
Non — seuls les clients habilités. La liste des entreprises habilitées à retenir à la source est fixée par arrêté du ministre des Finances. Voir notre liste des entreprises habilitées. Pour la commande publique, l'État, les collectivités territoriales décentralisées et les établissements publics appliquent le taux majoré.
La retenue est-elle une charge déductible ?
Non. Ce n'est pas une charge mais un acompte : une avance sur un impôt que vous devrez de toute façon. Elle ne réduit ni votre bénéfice ni votre IGS de l'année en cours — elle constitue une créance sur le Trésor, imputable l'année suivante.
Puis-je refuser que mon client opère la retenue ?
Non, et lui non plus. Le tiers payeur habilité est tenu de retenir et de reverser ; le défaut de retenue l'expose à un recouvrement forcé et à des pénalités. C'est une obligation légale, pas une négociation commerciale.
Où déclare-t-on et paie-t-on l'IGS ?
Auprès du Centre de Fiscalité Locale et des Particuliers (CFLP) de votre arrondissement, qui gère exclusivement l'IGS. Voir notre guide sur le bon portail de télédéclaration selon votre centre.
Combien vais-je payer d'IGS cette année ?
Le montant est forfaitaire et dépend uniquement de votre chiffre d'affaires, réparti en 12 classes. Estimez-le en quelques secondes avec notre simulateur IGS gratuit, et retrouvez le barème complet dans notre guide du barème IGS.
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À lire ensuite

Sources. Déclarations du directeur général des impôts, Roger Athanase Meyong Abath, lors des consultations avec le secteur privé du 25 août 2026 à Douala, préparatoires à la loi de finances 2027 ; communiqué du ministère des Finances du 18 mai 2026 ; conférence annuelle du ministère des Finances de février 2025 ; propositions de la Chambre de commerce, d'industrie, des mines et de l'artisanat du Cameroun ; Centre des ressources numériques sur les réformes des finances publiques, 2 août 2026 ; circulaire d'application de la loi de finances 2026 ; loi du 23 décembre 2024 portant fiscalité locale ; barème IGS de l'article C 40 du Code Général des Impôts. Dépêche d'Investir au Cameroun du 31 août 2026. Les tableaux de ratios et de seuils de bascule sont des calculs LeFisk réalisés sur les hypothèses indiquées ; ils ne remplacent pas une consultation.

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Expert en finances publiques et fiscalité des entreprises. Rédacteur pour LeFisk.

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