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Comptabilité d'un magasin au Cameroun : votre caisse n'est pas votre bénéfice — et passer à la TVA ne vous coûte pas 19,25 % de votre chiffre d'affaires

A
Rédaction
8 min de lecture
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Comptabilité d'un magasin SYSCOHADA · IGS · TVA

Trois confusions font couler la plupart des boutiques. Aucune n'est un problème de vente.

Confondre la caisse et le bénéfice. Confondre l'argent du magasin et l'argent du patron. Confondre encaisser et vendre. Chacune a un traitement comptable précis — et la quatrième peur, celle de la TVA à 19,25 %, repose sur un calcul faux que nous allons refaire.

6031
le compte qui révèle
votre vraie marge
104
le compte de l'exploitant,
presque jamais tenu
50 M
le seuil qui fait basculer
au réel et à la TVA
7,43 F
et non 192,50 : le vrai coût
de la TVA sur une vente
Classe 5
votre portefeuille MoMo
est un compte de trésorerie

Confusion n° 1 — la caisse n'est pas le bénéfice

Le calcul que fait spontanément tout commerçant : « j'ai encaissé 24 millions, j'ai acheté pour 18 millions, j'ai gagné 6 millions ». Ce raisonnement oublie la seule chose qui bouge sans passer par la caisse : le stock.

Ventes encaissées sur l'année24 000 000 F
Achats de marchandises18 000 000 F
Stock au 1er janvier6 000 000 F
Stock au 31 décembre4 500 000 F
Variation de stock (déstockage)+ 1 500 000 F
Coût d'achat des marchandises vendues19 500 000 F
MARGE COMMERCIALE RÉELLE4 500 000 F
1,5 million d'écart — et personne ne l'a vu passer. Ce commerçant croit avoir gagné 6 millions. Il en a gagné 4,5. La différence, ce sont des marchandises qu'il a vendues sans les remplacer : il a converti son stock en caisse, puis dépensé la caisse. Son compte en banque avait l'air excellent, précisément parce qu'il était en train de manger son fonds de roulement. C'est ainsi que meurent la plupart des boutiques — pas d'un manque de ventes, mais d'un stock qui fond sans que rien ne l'enregistre. En SYSCOHADA, l'écriture s'appelle 6031 — Variations des stocks de marchandises, et elle se passe à la clôture après un comptage physique. Sans comptage, pas de résultat : c'est aussi simple que cela.

Confusion n° 2 — l'argent du magasin n'est pas votre argent

C'est l'habitude la plus répandue et la plus destructrice : puiser dans la caisse pour la scolarité, le loyer du domicile, un dépannage familial, sans rien noter — ou pire, en le glissant dans les charges du magasin. Le SYSCOHADA prévoit pourtant exactement le compte qu'il faut :

103
Capital personnel
Ce que vous avez mis dans l'affaire.
104
Compte de l'exploitant
Ce que vous en retirez pour vous. Chaque prélèvement passe ici, jamais en charges.

La distinction n'a rien de théorique. Elle a trois effets concrets :

1
Vous savez enfin si le commerce est rentable. Tant que vos dépenses personnelles sont mélangées aux charges, le résultat ne mesure rien. Séparées, elles révèlent d'un coup si l'affaire nourrit son homme ou si elle se vide.
2
Vous évitez une réintégration. Des dépenses personnelles logées en charges d'exploitation ne sont pas déductibles : en contrôle, elles sont réintégrées au bénéfice imposable, avec les majorations qui vont avec.
3
Vous devenez finançable. Aucune banque ne prête à un commerce dont les dépenses du patron sont dans le compte de résultat — non par méfiance, mais parce que les états ne permettent alors aucune analyse. Un compte 104 correctement tenu est souvent ce qui sépare un dossier accepté d'un dossier refusé.

La règle pratique : versez-vous une somme fixe, à date fixe, et notez-la. Un commerçant qui se « paie » 200 000 F le 30 de chaque mois tient une comptabilité exploitable ; celui qui prend 15 000 F ici et 40 000 F là n'en tiendra jamais une.

Confusion n° 3 — encaisser n'est pas vendre

Entre les espèces, MTN MoMo et Orange Money, un magasin camerounais gère aujourd'hui trois caisses. La deuxième et la troisième ne sont pas des accessoires du téléphone : ce sont des comptes de trésorerie à part entière, de la classe 5 du plan comptable, qui se rapprochent comme un compte bancaire.

La discipline Ce qu'elle évite
Un compte distinct par support : caisse espèces, portefeuille MoMo, portefeuille OM, banqueLe trou invisible : de l'argent « quelque part » que personne ne peut pointer.
Un arrêté de caisse chaque soir : compter physiquement et comparer au théoriqueUn écart qu'on découvre six mois plus tard, quand plus personne ne peut l'expliquer.
Un rapprochement mensuel du relevé mobile moneyCroire que le montant crédité est votre chiffre d'affaires. Il ne l'est pas : frais et taxes sont prélevés au passage.
Les frais et taxes enregistrés en charges, pas déduits du produitUn chiffre d'affaires sous-déclaré — et donc faux — alors que la charge était parfaitement déductible.
Ce que le mobile money vous prélève. La taxe sur les transferts d'argent des articles 228 bis et suivants du CGI frappe à 0,2 % les transferts et les retraits consécutifs à un transfert, augmentée depuis 2025 d'un droit fixe de 4 FCFA par transaction. Pour une boutique à faible panier moyen, ce droit fixe pèse bien plus lourd que le taux : sur une vente à 500 F, 4 F représentent 0,8 %. Le détail de la fiscalité applicable à chaque opération est dans notre article sur la fiscalité du mobile money.

Une réserve utile : le traitement des paiements marchands — un client qui règle directement un commerçant — n'est pas explicitement tranché par les précisions publiées, à la différence des transferts et des retraits, expressément visés. Plutôt que de raisonner par analogie, lisez votre relevé : les prélèvements y figurent ligne par ligne, et c'est ce document, non une supposition, qui doit alimenter vos écritures. Guides pratiques : MTN MoMo et Orange Money.

Le seuil de 50 millions : la peur de la TVA repose sur un calcul faux

Au-delà de 50 millions de chiffre d'affaires annuel pour une activité commerciale, vous quittez l'IGS pour le régime du réel : déclarations mensuelles, comptabilité complète, DSF — et TVA à 19,25 %. C'est ce dernier point qui terrifie, et presque toujours pour une mauvaise raison : on croit perdre 19,25 % du chiffre d'affaires. En réalité, la TVA ne porte que sur la valeur ajoutée. Refaisons le calcul sur un article acheté 800 F hors taxes et revendu 1 000 F :

Situation Ce qui se passe Marge
Sous l'IGS
non assujetti
Vous payez votre fournisseur 954 F TTC (800 + 154 de TVA) et vous ne récupérez pas ces 154 F. Vous revendez 1 000 F.46,00 F
Au réel
prix inchangé
Vos 1 000 F deviennent un prix TTC : 838,57 HT + 161,43 de TVA. Vous déduisez les 154 F d'amont et ne reversez que 7,43 F.38,57 F
Au réel
prix ajusté
Vous affichez 1 192,50 F TTC. Vous conservez 1 000 F hors taxes et récupérez les 154 F d'amont.200,00 F
Lisez la deuxième ligne : même en n'augmentant pas d'un franc son prix de vente, ce commerçant ne perd pas 192,50 F — il perd 7,43 F, exactement la TVA nette qu'il reverse. Et s'il peut répercuter la taxe, il gagne 154 F, parce qu'il récupère enfin une TVA d'amont qui, jusque-là, était une charge invisible incorporée à son prix d'achat. La vraie question n'est donc jamais « combien coûte la TVA » mais « mon marché me permet-il d'ajuster mon prix ».
La condition que tout ce calcul suppose : que vos fournisseurs vous facturent la TVA. Si vous vous approvisionnez auprès de vendeurs non assujettis — au marché, sans facture — il n'y a aucune TVA d'amont à récupérer, et le passage au réel vous coûte alors la totalité de la taxe collectée. C'est le vrai piège du franchissement de seuil, et il se prépare : basculer vers des fournisseurs qui facturent régulièrement doit commencer l'exercice avant le passage, pas après.

Barème complet des douze classes et modalités du réel : notre guide IGS et régime du réel. Rappel utile : l'IGS est réductible de moitié si vous tenez une comptabilité et adhérez à un Centre de Gestion Agréé — la comptabilité que décrit cet article se paie donc en partie toute seule.

Le bilan OHADA n'a pas la forme que l'on vous a apprise

Quatre masses de chaque côté — la trésorerie y est une masse autonome, à l'actif comme au passif — et quatre états obligatoires, le tableau des flux de trésorerie compris. Attention aussi aux supports périmés : le « système allégé » a été abrogé, il n'existe plus que deux systèmes. Et une association relève depuis 2024 d'un référentiel entièrement distinct, le SYCEBNL.

Le bilan annuel au Cameroun : le modèle OHADA

Business plan de boutique : notre modèle PDF gratuit

Le plan type qui circule promet 20 à 25 % de marge nette — il faudrait vendre le riz avec 50 % de marge. Nous avons refait le calcul : sur toute sa fourchette de ventes, la boutique perd de l'argent. Le PDF donne le vrai seuil de rentabilité, les marges par rayon, et l'impact de l'IGS — qui peut représenter 250 % du bénéfice d'une petite boutique.

Business plan boutique de quartier (PDF gratuit)

Par où commencer, concrètement

Si vous ne tenez rien aujourd'hui, quatre gestes suffisent à changer de catégorie : compter le stock une fois par an au minimum, arrêter la caisse chaque soir, vous verser une somme fixe enregistrée au compte de l'exploitant, et rapprocher vos portefeuilles mobile money tous les mois. Le reste — livre-journal, grand-livre, balance, livre d'inventaire, exercice calé sur l'année civile — obéit aux règles OHADA que nous avons détaillées, textes à l'appui, dans cet article. La liste des comptes : plan comptable SYSCOHADA révisé.

Vous vendez sur un marché plutôt qu'en boutique ? Les règles d'occupation, le barème légal des loyers et la différence entre le droit de place et l'impôt sont traités dans notre guide du marché central de Douala. Vous démarrez un commerce de vêtements ? Voir fournisseurs, coûts et marges.

Sources. Plan comptable SYSCOHADA révisé : comptes 103 Capital personnel, 104 Compte de l'exploitant, 6031 Variations des stocks de marchandises, 4431 TVA facturée sur les ventes, 4452 TVA récupérable sur les achats, classe 5 de trésorerie. Code Général des Impôts : article C 39 pour le seuil de 50 millions applicable aux activités commerciales, articles 228 bis et suivants pour la taxe sur les transferts d'argent, instituée par la loi de finances pour 2022 et complétée depuis 2025 d'un droit fixe par transaction. Acte uniforme OHADA relatif au droit comptable et à l'information financière pour les obligations de tenue. Les chiffrages sont des exemples pédagogiques construits par LeFisk — boutique à 24 millions d'encaissements, article acheté 800 F et revendu 1 000 F — destinés à illustrer des mécanismes ; ils ne décrivent aucun commerce réel. Taux de TVA retenu : 19,25 %. Les calculs de marge supposent des fournisseurs assujettis facturant la TVA, hypothèse expressément discutée dans l'article.

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À propos de l'auteur

Expert en finances publiques et fiscalité des entreprises. Rédacteur pour LeFisk.

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