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Comptabilité d'une pharmacie au Cameroun : la boîte de médicaments est exonérée de TVA, la compresse ne l'est pas — et ce détail d'annexe fausse la déclaration de la plupart des officines

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Rédaction
7 min de lecture
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Comptabilité d'une officine SYSCOHADA · CGI · Loi pharmaceutique

Deux produits sur le même comptoir, deux régimes de TVA. Votre logiciel le sait-il ?

La boîte d'antibiotiques est exonérée. La boîte de compresses juste à côté ne l'est pas. Cette frontière n'est pas une opinion : elle est écrite, position tarifaire par position tarifaire, dans l'annexe du Code Général des Impôts. Elle fait de chaque officine un assujetti partiel — avec un prorata à calculer que presque personne ne calcule.

30.03 / 30.04
les médicaments,
exonérés
30.05 / 30.06
pansements, sutures…
absents de la liste
Prorata
obligatoire dès qu'il y a
un rayon taxable
Prix imposé
homologué par
l'administration
Art. 33
une seule officine,
et elle est au pharmacien

Ce qui est exonéré, exactement

On dit couramment que « les médicaments sont exonérés de TVA ». C'est vrai, mais le mot « médicament » a ici un sens douanier précis. La liste des produits exonérés annexée au Code Général des Impôts procède par position tarifaire, et voici ce qu'elle retient :

Position Ce qu'elle couvre TVA
29.36Provitamines et vitamines et leurs dérivésExonéré
29.37Hormones, prostaglandines et analoguesExonéré
30.01Glandes et organes à usages opothérapiques, héparine et selsExonéré
30.02Sang humain, antisérums, vaccins, toxines, produits immunologiquesExonéré
30.03Médicaments en vrac, ni dosés ni conditionnés pour la vente au détailExonéré
30.04Médicaments sous forme de doses ou conditionnés pour la vente au détail — la boîte que vous vendez au comptoirExonéré
90.01 / 90.04Verres correcteurs, verres de contact, lunettes correctricesExonéré
30.05Ouates, gazes, bandes et pansementsAbsent
30.06Sutures stériles, ciments dentaires, contraceptifs, poches, trousses de premiers secoursAbsent
Parapharmacie : cosmétiques, laits et savons dermatologiques, compléments non vitaminiques, biberons, articles d'hygièneAbsent
Le détail qui piège : les positions 30.03 et 30.04 excluent expressément, dans leur propre libellé, les produits des nos 30.02, 30.05 et 30.06. Autrement dit, l'exonération accordée aux « médicaments » ne se propage pas aux pansements ni aux préparations pharmaceutiques diverses — et ces positions ne sont reprises nulle part ailleurs dans la liste. Ce qui n'est pas dans la liste relève du droit commun, à 19,25 %. Une officine qui traite tout son comptoir comme exonéré ne collecte pas une TVA qu'elle doit : le rappel se fera sur le chiffre d'affaires reconstitué, majorations comprises.

Votre paramétrage produit EST votre déclaration

Comme vous vendez à la fois de l'exonéré et du taxable, vous êtes un assujetti partiel. Trois conséquences s'enchaînent mécaniquement :

COLLECTE
Vous devez collecter la TVA sur le rayon taxable — et seulement sur lui. Cela suppose un indicateur TVA par référence dans le logiciel d'officine, pas un réglage global.
0 %
La TVA sur les achats destinés au rayon exonéré ne se déduit pas. Elle s'incorpore au coût d'achat des marchandises — donc dans votre marge.
PRORATA
La TVA sur les charges à usage mixte — loyer, électricité, groupe électrogène, climatisation, logiciel, gardiennage — se déduit en proportion du chiffre d'affaires taxable.
Officine — exercice type
Médicaments (30.03 / 30.04, exonérés)   150 000 000 F
Parapharmacie, pansements, matériel   30 000 000 F ← taxable
─────────────────────────────────────────
Chiffre d'affaires total             180 000 000 F
Prorata de déduction                  16,7 %

Sur un loyer annuel de 12 M hors taxes, la TVA supportée est de 2 310 000 F — dont environ 386 000 F seulement sont déductibles. Le reste est une charge définitive. Ce calcul se refait chaque exercice et se régularise ; c'est le poste le plus souvent oublié, dans les deux sens. Voir régimes de TVA, exonérations et déductions. Le même mécanisme, appliqué à une structure de soins : la comptabilité d'une clinique.

Vous ne fixez pas vos prix — donc vous ne pilotez que vos coûts

C'est ce qui distingue radicalement une officine de tout autre commerce. Le prix des produits pharmaceutiques est homologué par l'administration : le décret n° 98/405/PM du 22 octobre 1998 fixe les modalités d'homologation et de mise sur le marché, la Commission nationale du médicament instruit les demandes, et la Direction de la Pharmacie, du Médicament et des Laboratoires publie les prix grossiste hors taxe produit par produit. Le ministère de la Santé publique a rappelé par lettre-circulaire que les médicaments importés directement doivent être vendus aux prix homologués, la surfacturation étant contraire à la politique des prix et à la déontologie.

La conséquence de gestion est brutale et libératrice à la fois : votre taux de marge est subi, pas décidé. Vous ne pouvez pas « augmenter les prix » pour redresser un exercice. Il ne vous reste donc que trois leviers, et ce sont exactement les trois que votre comptabilité doit mesurer : les conditions d'achat obtenues des grossistes-répartiteurs, la rotation du stock, et la démarque — périmés, casse, vols. Une officine qui ne suit pas ces trois indicateurs pilote à l'aveugle un commerce dont le prix de vente lui échappe.

Précision : les coefficients de marge réglementaires appliqués au grossiste et à l'officine ne sont pas publiés sous forme de barème général accessible — ils résultent de l'homologation, produit par produit. Nous ne les reproduisons donc pas ici : le prix opposable est celui qui figure dans les circulaires de la DPML et sur le conditionnement, pas un coefficient que l'on applique soi-même.

Le stock n'est pas un poste du bilan — c'est l'entreprise

Dans une officine, le stock est à la fois l'actif principal, la trésorerie immobilisée et la première source de perte. Quatre disciplines le tiennent :

L'inventaire physique
Annuel au minimum, tournant de préférence. C'est la seule façon de confronter le stock théorique du logiciel au stock réel — l'écart entre les deux, c'est la démarque inconnue.
Les lots et les péremptions
Obligation sanitaire autant que comptable. Un produit périmé n'est plus un actif : il doit sortir des comptes, pas rester dans l'inventaire pour flatter le bilan.
La dépréciation
Les produits proches de la péremption ou à rotation nulle se déprécient à la clôture. Sans cela, votre actif est surévalué et votre résultat aussi.
Le rapprochement grossistes
Chaque livraison doit être pointée : quantités reçues, prix facturé contre prix homologué, avoirs sur retours. C'est fastidieux et c'est là que l'argent se perd.
Les remises des grossistes-répartiteurs sont un produit, pas un cadeau. Remises sur facture, avoirs sur retours et surtout ristournes de fin d'année calculées sur le volume annuel : ces sommes représentent souvent une part décisive du résultat d'une officine. Elles doivent être rattachées à l'exercice qui les a générées, même si l'avoir n'arrive qu'en mars. Une ristourne comptabilisée à sa réception décale le résultat d'un exercice sur l'autre et rend vos comptes incomparables d'une année à la suivante.

Sur les obligations de forme — livre-journal, grand-livre, balance, livre d'inventaire, exercice calé sur l'année civile, corrections par inscription en négatif — les règles OHADA sont détaillées, textes à l'appui, dans notre article sur la comptabilité d'une école privée. La liste des comptes à utiliser : plan comptable SYSCOHADA révisé.

À qui appartient l'officine — et pourquoi ça vous regarde

La loi n° 90-035 du 10 août 1990 portant exercice et organisation de la profession de pharmacien pose une règle dont découle tout le montage juridique et comptable d'une officine. Son article 33 prévoit que :

  • le pharmacien doit être propriétaire de l'officine dont il est titulaire ;
  • il ne peut être propriétaire ou copropriétaire que d'une seule officine ;
  • il doit résider dans la localité où celle-ci est implantée.

Cette règle rend inopérant un montage pourtant répandu : l'investisseur qui finance le fonds et le stock, et le pharmacien qui « prête » son inscription pour l'ouverture. Dans cette configuration, l'investisseur n'a aucun titre opposable sur l'officine — ni sur le fonds, ni sur le stock, ni sur la trésorerie. Il n'existe dans aucun document. Le jour où la relation se dégrade, il n'a rien à produire devant un juge.

Et comptablement, c'est pire : les apports de l'investisseur n'ayant pas de cause juridique claire, ils s'enregistrent au mieux en compte courant, au pire nulle part. Les retraits qu'il opère ressemblent alors à des distributions déguisées ou à des charges non justifiées, avec les conséquences fiscales correspondantes pour l'officine et pour le pharmacien titulaire, qui reste seul responsable devant l'administration comme devant l'Ordre. Si vous financez une officine, faites qualifier juridiquement votre position avant le premier virement, pas après.

Mettre une officine en ordre

Dans la pratique, la remise à niveau d'une officine tient en quatre chantiers : reparamétrer l'indicateur TVA référence par référence, calculer et régulariser le prorata des exercices ouverts, reconstruire l'inventaire avec les lots et les péremptions, et rattacher les ristournes au bon exercice. LeFisk mène ces quatre chantiers et tient ensuite la comptabilité au forfait mensuel.

Sources. Code Général des Impôts, Annexe — Liste des produits exonérés de la TVA (article 06.01.06) : positions tarifaires 29.36, 29.37, 30.01, 30.02, 30.03, 30.04, 90.01 et 90.04 relevées directement dans le texte, ainsi que l'exclusion des nos 30.02, 30.05 et 30.06 figurant dans le libellé même des positions 30.03 et 30.04. Décret n° 98/405/PM du 22 octobre 1998 fixant les modalités d'homologation et de mise sur le marché des produits pharmaceutiques ; lettre-circulaire du ministère de la Santé publique relative à la surfacturation des médicaments ; publications de prix de la Direction de la Pharmacie, du Médicament et des Laboratoires. Loi n° 90-035 du 10 août 1990 portant exercice et organisation de la profession de pharmacien, article 33. Acte uniforme OHADA relatif au droit comptable et à l'information financière pour les obligations de tenue. Le chiffrage présenté — officine à 180 millions de chiffre d'affaires dont 30 de rayon taxable — est un exemple pédagogique construit par LeFisk et ne décrit aucune officine réelle. Taux de TVA retenu : 19,25 %. Le classement d'une référence donnée dépend de sa position tarifaire réelle : en cas de doute sur un produit, faites-le trancher plutôt que de généraliser — c'est précisément le sujet de cet article.

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À propos de l'auteur

Expert en finances publiques et fiscalité des entreprises. Rédacteur pour LeFisk.

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