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Orpaillage clandestin au Cameroun : définition, causes, conséquences et moyens de lutte — l'exposé complet, après le drame de Zamboye

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Dossier · Orpaillage clandestin · Est et Adamaoua Définition · Causes · Conséquences · Lutte

Orpaillage clandestin au Cameroun : comprendre un fléau qui vient de coûter au moins 107 vies

Le 18 août 2026, la galerie d'une mine d'or artisanale s'effondrait à Zamboye, près de Garoua-Boulaï. Trois jours plus tard, le bilan provisoire atteignait 107 morts. Ce dossier explique ce qu'est l'orpaillage clandestin, pourquoi il prospère, ce qu'il détruit et comment on peut le combattre — chiffres et textes à l'appui.

107 morts
à Zamboye le 18 août 2026
(bilan provisoire)
82 → 4 600 ha
sites miniers à Batouri, Ketté
et Kenzou, de 2010 à 2024
≈ 200
sociétés illégales listées
par le MINMIDT en mai 2026
+ de 95 %
d'entreprises étrangères
parmi elles
3 pays
Cameroun, RCA et Tchad :
la main-d'œuvre de Zamboye

1. Définition : orpaillage, et orpaillage clandestin

L'orpaillage est l'extraction de l'or par des méthodes essentiellement manuelles : on creuse des puits et des galeries, on remonte le minerai, on le lave à la batée, au sluice ou dans un cours d'eau pour en séparer les paillettes. C'est la forme la plus ancienne et la plus accessible de l'activité minière : peu de capital, aucune qualification exigée, un revenu possible dès le premier jour.

L'orpaillage légal
Il s'exerce sous titre : carte d'artisan minier ou autorisation d'exploitation artisanale, dans un périmètre attribué, avec des obligations — sécurité des travailleurs, réhabilitation des excavations, déclaration de la production et vente dans le circuit officiel de collecte, paiement des taxes et redevances minières. Le détail du régime et des taxes est dans notre guide orpailler légalement : la carte, le périmètre, les taxes.
L'orpaillage clandestin
Tout ce qui se fait en dehors de ce cadre : sans titre ni autorisation, hors périmètre, sans mesures de sécurité, sans refermer les trous, avec de la main-d'œuvre non déclarée — parfois des enfants — et une production écoulée hors des circuits officiels. S'y ajoute une forme plus lourde : des unités semi-mécanisées (pelles, excavatrices, laveries) opérant sans autorisation ou sur des permis sous-traités.
Le point à retenir pour un exposé : ce n'est pas la technique qui rend l'orpaillage clandestin — un creuseur à la pioche peut être parfaitement en règle, une entreprise équipée d'excavatrices peut être totalement hors la loi. Le critère est juridique : l'existence d'un titre valide et le respect des obligations qui l'accompagnent.

2. Les causes : pourquoi le phénomène prospère

1
La pauvreté et le manque d'alternatives. Dans les zones aurifères de l'Est et de l'Adamaoua, l'or est souvent la seule activité qui paie le jour même, sans diplôme ni capital. Le site de Zamboye attirait ainsi des travailleurs venus du Cameroun, de la RCA et du Tchad — signe d'un bassin de misère qui déborde les frontières.
2
La flambée du cours de l'or. Quand le métal atteint des sommets sur les marchés mondiaux, des gisements autrefois trop pauvres deviennent rentables : la ruée s'accélère, de nouveaux sites s'ouvrent, et l'appât du gain fait accepter des risques mortels.
3
La faiblesse du contrôle. Les sites sont vastes, isolés, mouvants. À Zamboye, l'exploitation s'étend « sur plusieurs hectares de part et d'autre du cours d'eau Kadéi ». Surveiller de tels espaces suppose des moyens humains et logistiques qui font défaut.
4
L'opacité autour des permis et de la semi-mécanisation. Le 13 mai 2026, le ministère des Mines a publié une liste d'environ 200 sociétés exploitant illégalement l'or dans l'Adamaoua et l'Est, dont plus de 95 % d'entreprises étrangères — voir notre dossier 200 opérateurs illégaux dans l'or. Quand des unités mécanisées travaillent sans titre ou sur des permis sous-traités, le désordre devient industriel.
5
Des débouchés faciles hors circuit. L'or est compact, anonyme et facile à transporter. L'enquête ordonnée début 2026 par la présidence est née d'un constat simple : un écart entre les exportations d'or déclarées par le Cameroun et les volumes enregistrés par les pays importateurs, les Émirats arabes unis en particulier. Tant qu'un acheteur paie comptant sans poser de question, la production clandestine trouve preneur.

3. Les conséquences : ce que l'orpaillage clandestin détruit

Humaines : des vies, par dizaines
Zamboye, 18 août 2026, vers 14 h : une galerie s'effondre et piège les chercheurs d'or ; au moins 107 morts selon le maire de Garoua-Boulaï, les recherches se poursuivant. Ce n'est pas un accident isolé : un éboulement avait déjà endeuillé un autre site en mai 2026, et au moins 26 personnes étaient mortes en une seule semaine dans l'effondrement de deux mines de l'Est en juin 2021. S'y ajoute la présence d'enfants sur les sites, documentée de longue date par les organisations internationales.
Sanitaires : le mercure
Pour agglomérer les paillettes, les orpailleurs utilisent du mercure, manipulé à mains nues puis chauffé — la vapeur est inhalée sur place. Les enquêtes d'ONG menées sur des sites artisanaux camerounais ont relevé des taux d'imprégnation très élevés parmi les creuseurs. Le mercure contamine ensuite les poissons et l'eau consommée en aval.
Environnementales : un paysage retourné
Selon une cartographie publiée par l'ONG FODER en avril 2025, la superficie des sites miniers des seules localités de Batouri, Ketté et Kenzou est passée d'environ 82,48 hectares en 2010 à 4 639,69 hectares en 2024 — une multiplication par plus de cinquante en quatorze ans. Déforestation, lits de rivières déviés, terres arables perdues… et surtout des puits jamais refermés, qui se remplissent d'eau et deviennent des pièges mortels pour les enfants et le bétail.
Économiques et fiscales : la richesse qui s'évapore
Un gramme extrait clandestinement échappe à la taxe ad valorem, aux redevances minières et à l'impôt sur les bénéfices ; il ne finance ni les routes, ni les écoles des communes qui en subissent pourtant les dégâts. Il alimente en revanche des filières parallèles — c'est tout le sens de l'écart constaté entre les exportations déclarées et les importations enregistrées à l'étranger. Le pays supporte les coûts et perd les recettes.
Une conséquence sociale moins visible : l'orpaillage clandestin déscolarise. Quand un adolescent gagne en une journée ce qu'un enseignant gagne en plusieurs, l'école perd. Les ONG documentent depuis des années la présence d'enfants sur les chantiers de l'Est — et chaque éboulement rappelle le prix de cet arbitrage.

4. Comment lutter contre l'orpaillage clandestin

Levier Ce que cela suppose concrètement
Réprimer l'illégalité organiséeIdentifier et démanteler les unités non conformes : c'est la démarche engagée avec la liste d'environ 200 sociétés publiée le 13 mai 2026, assortie de l'injonction d'arrêter sans délai l'exploitation et de démonter les installations. Encore faut-il que les fermetures soient effectives et vérifiées sur le terrain.
Sécuriser les sitesFaire appliquer l'obligation de refermer et réhabiliter les excavations, imposer des règles élémentaires de soutènement et interdire le travail dans les galeries profondes non étayées — c'est exactement le type d'effondrement survenu à Zamboye.
Protéger les personnesFaire respecter l'interdiction du travail des enfants, encadrer strictement l'usage du mercure, et organiser le suivi sanitaire des creuseurs exposés.
Formaliser plutôt que chasserRendre la légalité accessible : carte d'artisan minier, regroupement en GIC et coopératives, périmètres dédiés aux nationaux. Un orpailleur titré est identifiable, contrôlable — et défendable. Voir notre guide pratique de la formalisation et des taxes minières.
Tracer l'orCanaliser la production vers le circuit officiel de collecte et rapprocher systématiquement les exportations déclarées des importations enregistrées par les pays destinataires. Sans traçabilité, toute la chaîne reste opaque — et la fraude, rentable.
Le levier fiscal est un levier de sécurité. On oppose souvent « répression » et « développement » : dans l'orpaillage, la fiscalité fait le lien. Un site déclaré est un site localisé, donc inspectable ; un acheteur agréé est un acheteur traçable ; une taxe payée, ce sont des recettes pour la commune qui subit les dégâts. À l'inverse, l'informalité totale garantit à la fois l'absence de recettes et l'absence de contrôle de sécurité. C'est le même raisonnement que pour l'ensemble du secteur informel — mais ici, l'enjeu se compte en vies.

5. Conclusion

L'orpaillage clandestin n'est pas un problème technique : c'est le symptôme d'un déséquilibre. D'un côté, une richesse immédiatement monnayable dans des régions où l'emploi formel est rare ; de l'autre, un cadre légal réel mais difficile d'accès, et des moyens de contrôle sans commune mesure avec l'étendue des sites. Entre les deux s'est installée une économie parallèle qui emploie des milliers de personnes, enrichit des opérateurs souvent étrangers et non déclarés, et laisse au pays les cratères, le mercure et les deuils.

Le drame de Zamboye, avec au moins 107 morts le 18 août 2026, dit l'urgence : tant que des hommes descendront dans des galeries non étayées pour quelques grammes, le bilan continuera de s'alourdir. Mais il dit aussi que la réponse ne peut pas être seulement répressive. Fermer les sites illégaux sans ouvrir de voie légale accessible, c'est déplacer le problème un peu plus loin dans la forêt.

La sortie passe par trois mouvements simultanés : faire respecter la loi — y compris et surtout face aux unités semi-mécanisées non autorisées ; rendre la formalisation réellement atteignable pour le creuseur ordinaire, par la carte d'artisan, les coopératives et des périmètres réservés ; et tracer l'or de la batée à l'exportation, pour que la valeur produite revienne au pays plutôt qu'aux filières de l'ombre. Ce n'est pas seulement une question de recettes fiscales : c'est la condition pour qu'un site d'or cesse d'être, selon le mot employé par la presse au lendemain du drame, un abattoir à ciel ouvert.

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Sources : presse camerounaise et internationale sur l'éboulement de Zamboye du 18 août 2026 (bilan d'au moins 107 morts attribué au maire de Garoua-Boulaï, Amadou Abdon ; site artisanal situé près de la frontière avec la RCA, dans le département du Lom-et-Djerem, de part et d'autre du cours d'eau Kadéi ; bilan provisoire, recherches en cours) et sur les éboulements antérieurs de mai 2026 et juin 2021 ; rapport de cartographie des sites miniers de Batouri, Ketté et Kenzou publié par FODER en avril 2025 (82,48 ha en 2010 → 4 639,69 ha en 2024) ; communication du ministère des Mines du 13 mai 2026 listant environ 200 sociétés opérant illégalement dans l'Adamaoua et l'Est, dont plus de 95 % d'entreprises étrangères ; travaux d'ONG sur l'exposition au mercure et le travail des enfants sur les sites aurifères. Les bilans humains cités sont provisoires à la date de publication. Nos pensées vont aux victimes et à leurs familles.

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À propos de l'auteur

Expert en finances publiques et fiscalité des entreprises. Rédacteur pour LeFisk.

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