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IDE au Cameroun : 595 milliards de FCFA attendus en 2026 selon la BAD — mais la CNUCED voit le contraire. Qui a raison, et où va l'argent ?

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Investissements étrangers · Rapport Pays BAD 2026 · Analyse BAD vs CNUCED · Kikot-Mbebe · Agro-industrie · Efficience

IDE au Cameroun : 595 milliards attendus en 2026 selon la BAD — mais la CNUCED mesure une chute. Qui a raison, et où va l'argent ?

Le Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement annonce un regain des investissements directs étrangers : 595 milliards de FCFA cette année, 634,9 milliards en 2027, portés par l'énergie, l'agro-industrie, les infrastructures et les services. Sauf que la CNUCED, au même moment, enregistre le plus faible flux d'IDE depuis le Covid. Décryptage des deux séries, des projets qui portent la promesse — et du gap d'efficience de 50 % qui la fragilise.

595 Mds
FCFA d'IDE projetés
en 2026 (BAD)
3,8 %
du PIB en 2026
(1,7 % en 2025)
−35,2 %
IDE 2025 selon la CNUCED
(599 M$ ≈ 340 Mds)
1 620 Mds
de financements pour
Kikot-Mbebe (500 MW)

Ce que projette la BAD : le rebond post-Covid se poursuit… sous conditions

Le point de départ est un trou d'air : entre 2019 et 2020, les IDE captés par le Cameroun ont chuté de 534,6 à 234,9 milliards de FCFA (−56,1 %) avec la crise sanitaire. Depuis, la remontée est « timide » selon les données compilées par la BAD, qui situe les flux à 587,4 milliards en 2025 et projette 595 milliards en 2026, puis 634,9 milliards en 2027. Rapporté au PIB, le poids des IDE passerait de 1,7 % à 3,8 %.

Les deux réserves de la BAD elle-même : la trajectoire haussière reste « sous réserve des réformes et actions relatives à l'amélioration du climat des affaires » — et les projets restent « majoritairement dirigés vers les secteurs pétrolier, minier et des infrastructures », signe d'une diversification encore faible. Autrement dit : une projection, pas une promesse.
IDE CAMEROUN · Mds FCFA · série BAD 2019-2027 2026e 595 ▲ · 2027e 634,9
7005253501750 2019202020252026e2027e 2019 : 534,6 Mds FCFA 2020 : 234,9 Mds FCFA (−56,1 %, Covid) 2025 : 587,4 Mds FCFA (estimation BAD) 2026 : 595 Mds FCFA (projection BAD) — 3,8 % du PIB 2027 : 634,9 Mds FCFA (projection BAD) 534,6 234,9 ▼ −56,1 % 587,4 595 634,9 2021-2024 : remontée « timide » (détail annuel non publié)
Marqueurs = valeurs publiées par la BAD ; pointillés = liaison indicative / projection. Rouge = point bas Covid.
IDE 2025 : BAD vs CNUCED · Mds FCFA écart ≈ 247 Mds
6004002000 BAD : 587,4 Mds FCFA en 2025 CNUCED : 599 M$ ≈ 340 Mds FCFA en 2025 (−35,2 % vs 925 M$ en 2024) 587,4 ≈340 BADCNUCED
CNUCED : 925 M$ (2024) → 599 M$ (2025), −35,2 % ; CEMAC entière à 1,6 Md$ (−38,7 %).
EFFICIENCE INVEST. PUBLIC · score BAD 50 % gaspillé
50 % : capital productif effectivement créé 50 % productif 50 % perdu Universités : 0 projet abouti sur 6 CU Douala : 2 aboutis sur 11 Ministères : 8 dossiers sur 11 en retard BIP 2026 = 23,4 % du budget (cible 40 % en 2030)
« Sur 100 $ dépensés en investissements publics, 50 $ sont gaspillés ou ne se traduisent pas en capital productif » (BAD).
Données sources des graphiques (tableau)
SérieValeurs
IDE (BAD, Mds FCFA)534,6 (2019) · 234,9 (2020) · 587,4 (2025) · 595 (2026e) · 634,9 (2027e) ; % PIB : 1,7 (2025) → 3,8 (2026)
IDE (CNUCED, M$)925 (2024) → 599 (2025, ≈340 Mds FCFA), −35,2 % ; CEMAC 1,6 Md$ (−38,7 %)
Efficience investissement public (BAD)Score 50 % ; BIP 2026 = 23,4 % d'un budget de 8 816,4 Mds ; cible 40 % en 2030

Sources : Rapport Pays 2026 de la BAD ; CNUCED (World Investment Report) ; EcoMatin (14-15 août 2026).

Où irait l'argent : les projets concrets derrière la projection

Énergie : gaz et hydroélectricité

Le secteur porteur n°1 selon la BAD (« projets gaziers et énergétiques », « développement des capacités hydroélectriques »). Le mastodonte : le barrage de Kikot-Mbebe (500 MW), ≈1 620 milliards de FCFA de financements extérieurs, closing financier prévu en juillet 2027 selon le planning d'avril 2026 — de quoi expliquer à lui seul le saut projeté du poids des IDE dans le PIB.

Agro-industrie : la transformation locale

Dans la ligne de l'import-substitution : chocolaterie Chocolat Rouge à Obala (1 milliard), huileries SOD et Magnum Industry de Serges Ngomsi (≈20 milliards), unité textile de la Sodecoton à l'étude. Cacao, coton, vivriers — exactement les filières dont nous suivons les cours et volumes.

Infrastructures et services

Cités par la BAD sans détail de projet dans le rapport — mais c'est là que se joue la critique de fond : des flux concentrés sur pétrole, mines et infrastructures, donc exposés aux cycles de matières premières et aux aléas de gouvernance des grands projets (voir la bauxite de Minim-Martap).

À noter : ces IDE d'origine européenne, asiatique ou du Golfe entrent dans un pays dont le cadre douanier évolue (démantèlement APE) et dont la dette se finance de plus en plus aux conditions du marché (analyse dette) — deux données que tout investisseur intègre.

BAD contre CNUCED : deux thermomètres, deux températures

C'est le point que la plupart des reprises ont gommé : les données de la BAD sont nettement plus optimistes que celles de la CNUCED. Là où la BAD voit 587,4 milliards captés en 2025 et une pente ascendante, l'organe onusien décrit une évolution en dents de scie depuis le Covid avec un creux en 2025 : 599 millions de dollars (≈340 milliards de FCFA), −35,2 % par rapport aux 925 millions de 2024 — dans une CEMAC dont les IDE ont reculé de 38,7 % à 1,6 milliard de dollars.

BAD (Rapport Pays 2026) CNUCED
IDE 2025587,4 Mds FCFA599 M$ ≈ 340 Mds FCFA (plus bas post-Covid)
TendanceHaussière : 595 (2026) → 634,9 (2027)Dents de scie, −35,2 % en 2025
NatureProjection (conditionnée au climat des affaires)Constat statistique (flux enregistrés)
Comment lire l'écart : les deux institutions ne mesurent pas exactement la même chose (périmètre des flux nets, bénéfices réinvestis, prêts intra-groupe, moment d'enregistrement d'un closing financier) et la BAD projette quand la CNUCED constate. La réconciliation se fera sur le terrain : si Kikot-Mbebe boucle son financement en 2027 comme prévu, la courbe BAD se matérialisera ; s'il glisse, la série CNUCED aura eu raison. Pour un investisseur ou un chef d'entreprise, la leçon est de ne jamais raisonner sur un seul chiffre macro — et de suivre les closings réels, pas les annonces.

L'autre alerte du même rapport : 50 % de l'investissement public part en fumée

Le Rapport Pays ne parle pas que d'IDE. Il chiffre le score d'efficience des investissements publics à 50 % : « sur 100 dollars dépensés en investissements publics, 50 dollars sont gaspillés ou ne se sont pas traduits en capital productif ». Les illustrations sont cruelles : six projets sur six non aboutis dans les universités, neuf sur onze à la Communauté urbaine de Douala, huit dossiers ministériels sur onze en retard. Le gouvernement reconnaît lui-même l'appropriation insuffisante des procédures par certaines collectivités, les démarrages tardifs de chantiers notifiés et l'abandon de projets.

Le message de la BAD est presque une bonne nouvelle : combler ce gap « équivaudrait à augmenter les investissements dans les infrastructures sans requérir des ressources budgétaires supplémentaires » — à stock de capital égal, +50 % de résultat en s'alignant sur les meilleures pratiques de planification, sélection et exécution. Contexte : le budget d'investissement public ne pèse que 23,4 % du budget 2026 (8 816,4 milliards), loin de la cible de 40 % en 2030, et la croissance stagne sous 4 % depuis des années.

Le lien avec les IDE : un investisseur étranger regarde l'efficacité de la dépense publique comme un indicateur de gouvernance — routes, énergie et ports livrés à l'heure sont ses préalables. Le gap d'efficience de 50 % est donc le vrai risque pesant sur les 595 milliards projetés, davantage que n'importe quel débat de chiffres entre BAD et CNUCED.
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L'essentiel à retenir

  • BAD : 595 Mds FCFA d'IDE projetés en 2026 (3,8 % du PIB), 634,9 Mds en 2027, après le trou d'air Covid (534,6 → 234,9 Mds en 2020) — sous réserve des réformes du climat des affaires.
  • Moteurs : énergie (Kikot-Mbebe 500 MW, ≈1 620 Mds, closing juillet 2027 ; gaz), agro-industrie de transformation (Chocolat Rouge, huileries SOD/Magnum ≈20 Mds, textile Sodecoton), infrastructures, services — mais une diversification encore faible.
  • CNUCED : plus bas post-Covid en 2025 (599 M$ ≈ 340 Mds, −35,2 %), CEMAC à −38,7 % — la BAD projette, la CNUCED constate ; les closings réels trancheront.
  • Efficience : 50 % de l'investissement public ne se transforme pas en capital productif (BAD) — BIP à 23,4 % du budget contre 40 % visés en 2030 — le vrai risque pour l'attractivité.
  • Le tableau macro complet d'août 2026 : dette publique, JICA, BEAC-FMI, bauxite, APE.

Sources : Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement ; CNUCED ; EcoMatin (Laurent Onguene, 15/08/2026 ; Danielle Noah, 13/08/2026).

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À propos de l'auteur

Expert en finances publiques et fiscalité des entreprises. Rédacteur pour LeFisk.

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