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Cameroun–Tchad : Coopération Douanière Affichée, Antenne Suspendue la Veille — Ce Que Montre la Chronologie du Corridor Douala–N'Djamena

O
Oscar Eyenga
• • 7 min de lecture
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À retenir

  • › Le 2 juin 2026 à Yaoundé, les douanes camerounaise et tchadienne se sont réunies pour renforcer leur coopération sur le corridor Douala–N'Djamena (interconnexion des systèmes, traçabilité du transit, conteneurs bloqués).
  • › La veille, le ministre des Finances tchadien avait signé une circulaire suspendant « à titre conservatoire » l'antenne douanière tchadienne de Douala et rappelant tout son personnel — suite à un audit ayant révélé de graves irrégularités.
  • › Aucune source ne permet d'établir un lien de cause à effet entre ces deux événements survenus à un jour d'écart — la coïncidence de calendrier est notable, mais rien ne prouve qu'ils soient liés.
  • › Le Tchad dépend fortement du Cameroun : environ 80% des marchandises tchadiennes transitent par le seul port de Douala (CNCC, avril 2025).
  • › Au 3 avril 2026, 2 327 conteneurs destinés au Tchad étaient bloqués dans les plateformes logistiques camerounaises.
  • › Depuis, un geste d'apaisement côté camerounais (suspension du BESC obligatoire, 15 juin) a coexisté avec un nouveau point de friction (barrage routier à Zébé, 25-26 juin) — le statut de la suspension de l'antenne à Douala n'est, à ce jour, pas confirmé comme levé.

Deux informations sur les relations douanières entre le Cameroun et le Tchad ont circulé à un jour d'intervalle début juin 2026. La première, largement relayée, est institutionnelle et rassurante : une réunion de coopération pour fluidifier le corridor Douala–N'Djamena. La seconde, plus discrète mais tout aussi réelle, est nettement plus tendue : la suspension par le Tchad de sa propre antenne douanière à Douala. Voici ce que montre la chronologie complète, avec ses sources.

2 juin — Yaoundé

Coopération douanière renforcée : interconnexion CAMCIS/SYDONIA, traçabilité du transit

1ᵉʳ juin — N'Djamena

Suspension conservatoire de l'antenne douanière tchadienne à Douala

~80% via Douala

Part des marchandises tchadiennes transitant par le seul port de Douala (CNCC, avril 2025)

2 327 conteneurs

Bloqués dans les ports camerounais au 3 avril 2026 (COC-Tchad)

1. Le 2 juin à Yaoundé : une coopération douanière renforcée

Les administrations douanières des deux pays se sont réunies à Yaoundé — et non à Douala, malgré une formulation ambiguë du communiqué officiel des douanes camerounaises. Cette rencontre faisait suite aux engagements pris lors du 5ᵉ Forum tripartite Tchad-Cameroun-RCA, tenu à N'Djamena le 13 mai 2026, où le Premier ministre tchadien Allah Maye Halina avait reçu la délégation camerounaise.

Les discussions du 2 juin, entre le Directeur Général des Douanes et Droits Indirects du Tchad, le Général de Division Ousman Brahim Djouma, et son homologue camerounais, Edwin Fongod Nuvaga (Directeur Général des Douanes depuis 2015), ont porté sur trois chantiers :

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  • L'interconnexion des systèmes informatiques douaniers — CAMCIS côté camerounais, SYDONIA World côté tchadien — pour fiabiliser la circulation des données entre les deux administrations
  • Le suivi et la traçabilité des marchandises en transit, contre les transbordements, les titres de transit non apurés et les détournements de trafic
  • Les conteneurs en séjour prolongé destinés au Tchad, immobilisés dans les plateformes logistiques de Douala et de Kribi — un engagement a été pris côté camerounais pour actualiser les dossiers concernés

Ces travaux prolongent un protocole signé le 14 mai 2026 à N'Djamena entre le Conseil National des Chargeurs du Cameroun (CNCC) et son homologue tchadien, portant sur l'interconnexion des systèmes et le suivi électronique du fret.

2. Un jour plus tôt : le Tchad suspend son antenne douanière à Douala

Le 1er juin 2026, le ministre des Finances tchadien, Tahir Hamid Nguilin, a signé une circulaire suspendant « à titre conservatoire » l'antenne douanière tchadienne de Douala et rappelant l'intégralité de son personnel à N'Djamena. Cette décision fait suite à des missions de l'Inspection Générale des Finances tchadienne menées à Nguéli (frontière) et à Douala.

Les irrégularités relevées par l'audit tchadien

Selon la circulaire et sa reprise par la presse tchadienne, l'audit aurait mis en évidence : la falsification de l'espèce et de l'origine de marchandises aux bureaux d'entrée, des documents incomplets, des déclarations irrégulières, une mauvaise tenue des registres, et des sorties de marchandises sans déclaration régulière. Les nouvelles procédures imposées incluent l'interdiction de modifier les titres de transit, une réconciliation quotidienne entre documents et marchandises physiques, la suspension de tous les agréments provisoires de transitaires, et un audit conjoint sous 30 jours.

Cette décision n'est pas isolée. Un audit rendu public en août 2025 avait déjà révélé un détournement d'environ 8 milliards FCFA dans les caisses de l'organisme tchadien chargé du fret terrestre (BNFT) — dont 7,45 milliards de FCFA pour la seule antenne de Douala. La suspension de juin 2026 s'inscrit donc dans la continuité d'un problème de gestion déjà documenté, plutôt que comme un événement isolé.

3. Coïncidence de calendrier, pas de lien démontré

Un jour sépare la signature de la circulaire de suspension (1er juin) et la réunion de coopération à Yaoundé (2 juin). Aucune des sources consultées ne mentionne l'un de ces événements en évoquant l'autre — ils semblent avoir suivi des circuits d'information totalement distincts. Il serait donc inexact d'affirmer que la réunion du 2 juin a été convoquée pour « éteindre l'incendie » de la suspension, tout comme il serait inexact d'affirmer que la coopération se serait « effondrée » à cause d'elle. Ce que montre la chronologie, c'est une administration tchadienne qui gère en parallèle un problème de gestion interne (la suspension, décidée à N'Djamena) et une relation bilatérale de coopération technique (la réunion, tenue à Yaoundé) — deux dossiers traités par des canaux différents, au même moment.

4. Pourquoi ce corridor compte autant

Un pays enclavé, dépendant des ports camerounais

Selon le Conseil National des Chargeurs du Cameroun (CNCC, avril 2025), environ 80% des marchandises tchadiennes transitent par le seul port de Douala. Le port en eau profonde de Kribi joue également un rôle croissant : environ 68% du trafic en transit qui y passe est à destination du Tchad. Pour un pays enclavé comme le Tchad, la fiabilité de ce corridor conditionne directement l'approvisionnement du marché intérieur et la compétitivité de son économie.

Les blocages ne sont pas qu'une question de principe. Au 3 avril 2026, le Conseil tchadien des Chargeurs recensait 2 327 conteneurs destinés au Tchad, immobilisés dans les plateformes portuaires camerounaises — l'un des points explicitement mis à l'ordre du jour de la réunion du 2 juin.

5. Ce qui s'est passé depuis

13 mai 2026

N'Djamena

Forum tripartite Tchad-Cameroun-RCA. Le Premier ministre tchadien reçoit la délégation camerounaise ; engagements sur la fraude au Logone, les délais à Fotokol, la surveillance Kousseri–N'Djamena.

14 mai 2026

N'Djamena

Protocole signé entre le CNCC (Cameroun) et son homologue tchadien : interconnexion des systèmes, suivi électronique du fret.

1ᵉʳ juin 2026

N'Djamena

Le ministre des Finances tchadien signe une circulaire suspendant « à titre conservatoire » l'antenne douanière tchadienne de Douala et rappelle tout son personnel, suite à un audit de l'Inspection Générale des Finances.

2 juin 2026

Yaoundé

Réunion des administrations douanières camerounaise et tchadienne sur l'interconnexion CAMCIS/SYDONIA, la traçabilité du transit et les conteneurs en séjour prolongé. Le même jour, l'affaire de la suspension éclate dans la presse tchadienne.

5 juin 2026

Douala

Le DG des douanes tchadiennes conduit une mission au port de Douala et au poste de Yassa — aucune mention publique de la suspension de la veille.

15 juin 2026

Douala

Le CNCC camerounais suspend l'obligation du BESC sur les corridors Douala–N'Djamena et Douala–Bangui.

25-26 juin 2026

Zébé (Yagoua)

Barrage routier lié à un différend sur les tarifs de transport — tensions distinctes, mais persistantes, sur le corridor.

Le 15 juin, le CNCC camerounais a suspendu l'obligation du Bordereau Électronique de Suivi des Cargaisons (BESC) sur les corridors Douala–N'Djamena et Douala–Bangui — un geste d'apaisement qui allège une formalité pour les transitaires opérant sur ces axes. Mais dix jours plus tard, un barrage routier à Zébé (Yagoua), lié cette fois à un différend sur les tarifs de transport, rappelait que les tensions sur le corridor ne se limitent pas à la seule question douanière.

À ce jour, aucune source consultée ne confirme que la suspension de l'antenne douanière tchadienne à Douala ait été levée. Le dossier reste, en l'état, non résolu.

Ce que cela signifie pour les opérateurs du corridor

  • Les transitaires et importateurs/exportateurs utilisant l'axe Douala/Kribi–N'Djamena doivent s'attendre à une période de volatilité procédurale : contrôles renforcés côté tchadien, agréments provisoires suspendus, réconciliations documentaires quotidiennes.
  • La suspension du BESC obligatoire (15 juin, Douala–N'Djamena/Bangui) allège une contrainte — mais vérifiez toujours l'information la plus récente auprès de votre transitaire ou du CNCC avant d'expédier.
  • Les délais de transit restent exposés à des blocages ponctuels (conteneurs en séjour prolongé, barrages routiers) indépendamment de la qualité de la relation bilatérale au niveau institutionnel.

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